Dessin + texte/ « Moi de Saint-Jacques » (Autoportrait).


Je viens de terminer le dessin pour le projet de ma nouvelle peinture (+ mon texte l’accompagnant):

Moi de Saint-Jacques

(Autoportrait)

Inscription en japonais*

Dessin-Encre sur papier

Hahnemühle 185 g/m²

+ Poème en prose.

29,6 x 35 cm.

AnthonyPERROT©

En vente sur : http://www.anthonyperrot.com/moi-de-saint-jacques-f268354.html

*彼を知り己を知れば百選あやうからず

Traduction littérale : se connaître soi-même et connaître son adversaire permet de remporter toutes (100) les batailles.

Sens : une bonne préparation permet de réussir à coup sûr.

Source de la citation: http://www.commecadujapon.com/dokuwiki/japonais/proverbes

Moi de Saint-Jacques

(Autoportrait gastronomique, poétique, et ode au Pecten Maximus)

Ce n’est nullement un mets à la noix et je le connais sur le bout de mes phalanges distales, ma drague* visqueuse buccale plonge dans les eaux des Côtes-d’Armor et le palan mouline jusqu’à hisser son parfum iodé jusqu’en mon colimaçon intestinal. Il est l’empereur des abysses des côtes Bretonnes, sa gueule entrouverte est un clitoris gourmand face au marin-pêcheur, personne ne lui résiste. Je suis son plus proche frère au Saint-Jacques, tout comme lui je protège mon être intime sous une coquille et, sentant le danger venu de l’extérieur mes valves claquent des cymbales et m’extirpent loin du trépas. Mais je suis aussi son plus cher ennemi, ma salive est une houle salée enroulant le muscle strié du mollusque afin de le ramener en mon fin palais recouvert de brocart d’or et d’argent, lieu exquis où tant de victuailles ont péri amoureusement.

Mais la noix dans le noir marin n’est point aveugle, ses pléthores d’yeux catadioptriques sont bien ouverts sur les fonds hostiles, son nom, «Pecten Maximus» est bien connu du monde mondain des mers où le reste de ses congénères lophozoaires «aristomolluscratique» sortent de leurs nobles rochers, ah, on en perdrait son latin et sa latitude dans un pareil tohu-bohu gourmand! Il faut être toqué pour ne pas oser porter la toque d’un grand chef et trancher la question à propos de notre proie si prisée des mâchoires les plus redondantes, sa chair est la chair des cieux océaniques où les anges à écailles en font un précieux repas.

Il est temps de faire claquer les couverts, les cliquetis argentés sont au beau fixe sous le zénith brûlant de ma gourmandise, le couteau enfonce sa langue d’acier et vient parler, timidement, dans l’entrebâillement de la coquille, lui demandant de se rendre et d’ouvrir son modeste dojo. Point de salut face au maître de la fourchette, le pavé mou est K.O, il glisse hors de son lit Botticellien et vient rejoindre docilement le précieux chêne massif de mon plan de travail où l’opéra des recettes bat son plein sous des noms séduisants tels que: «Nage de Saint-Jacques aux langoustines» ou «Poêlée de Saint-Jacques à l’orange» ou même «Carpaccio de Saint-Jacques à la mangue, caramel de vinaigre balsamique». La cuisine en elle-même, sans passer par le chatouilleur de lyre, est un vrai poème odorant! N’oubliez pas, l’ouïe a du goût, voici: les sons de tranches du couteau fondant dans le corps laiteux du mollusque arrosé de fleur de sel, le crépitement de l’huile d’olive sous le pavé glissant tel un iceberg immaculé, la mousse brune des bulles autour de la robe blanche du Pecten fait une fourmilière de saveurs pendant la cuisson, son goût de noisette iodée glisse sur la langue, la musique de la cuisine est le préliminaire sacré du Saint-mangeur avant l’honorable dégustation orgasmique.

Manger est un arrêt au cœur de l’horloge humaine, c’est un temps mort bien vivant, un plaisir éphémère, une jouissance carnée pour les tenants du label rouge ou une jouissance végétarienne pour les maîtres de la verdure, mais il faut les deux écoles pour coller au palais le parfait équilibre culinaire, point trop n’en faut sinon point de salut. S’abstenir de manger est aussi un régal pour le maître mangeur car l’estomac se détend puis fait des gargouillis glougloutesques dans sa cuve gastrique, il ronronne, puis c’est l’appel des mandibules qui font des bulles de salive à la commissure des lèvres, les ailes du nez volent jusqu’aux volutes de la bonne chère parfumée, les yeux font une méditation rétinienne transcendante hallucinatoire à force de lorgner la graille festive dans son concert festif de sa cuisson, quel opéra! Tout chante, crépite, siffle, gicle et gazouille dans ce nid de couleurs comestibles, les sauces sont les robes liquides épousant la sensualité des viandes et les légumes des bijoux bariolés les accompagnant, c’est toute une véritable liturgie de l’Art culinaire qui se met en branle et ce jusqu’à l’éjaculation du muscle vascularisé sous son vaste palais que l’on appelle, la langue.

La langue, parlons-en, elle est molle et musclée, élastique, c’est une gymnaste vigoureuse si l’on la titille mais surtout sensible à la moindre altération de son environnement, dans sa cave où le goût est un vin qui mûrit en permanence, c’est le haut lieu du plaisir. Parfois, parler la bouche pleine (uniquement chez soi) c’est s’accoupler érotiquement à la tambouille, c’est converser noblement avec son hôte interne avant de l’emmener au salon stomacal, manger est une conversation avec un plat, car il faut bien le connaître, l’avoir disséqué anatomiquement et étymologiquement, et même avoir pris racine avec lui dans sa cuve originelle, son terreau intra-utérin. Rien n’est plus divin qu’un repas, qu’il soit chic et feutré ou à la bonne franquette, ces instants sont des masturbations de la table, des jouissances qui se partagent de convives en convives, c’est une chaîne où l’on est heureux d’être attaché, corps et âme dans la ronde de ce monde où les mains se donnent et tricotent dans leurs ancestrales recettes. Car rien n’est plus grand qu’un bonheur partagé, c’est la pierre angulaire du gastronome.

La faim justifie les moyens, il faut tout mettre en œuvre afin de satisfaire le soleil dans un sourire, s’alimenter est une nécessité pour que fonctionne l’architecture de l’anatomie humaine puis vient se greffer à ce rouage le plaisir dont les secousses olfactives donnent au navire le parfum de ses désirs. Le bonheur n’est non seulement pas une bonne mine agrafée au visage mais surtout une mie tendre protégée sous son toit aux teintes terre de sienne brûlée où s’étalent sur son flanc neigeux les meilleurs fromages, les pâtés bruns, les salades perlées de vinaigre et les jambons vermillon. Il faut se bâfrer d’humilité quand vient l’heure de sonner le gong du repas, se munir de ses couverts comme d’un pistolet et tirer à bout portant au cœur de l’assiette provocatrice et, ainsi, plonger son cœur et son âme dans le plus exquis des moments de la journée, celui où tout est en état d’éveil absolu.

AnthonyPERROT©

Drague*:Armature métallique raclant le fond des mers afin de pêcher des coquillages.

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